Penser le travail pour comprendre notre monde
- Philippe VINCENT

- il y a 6 heures
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Retranscription des quatre émissions ARTE de la série Travail, salaire, profit.
Le mot travail semble aller de soi. Il structure nos vies, nos journées, notre identité sociale et notre place dans la société. Pourtant, comme le rappelle la série documentaire Travail, salaire, profit diffusée sur ARTE, ce terme apparemment banal recouvre une histoire longue, conflictuelle et profondément politique.
À travers quatre émissions – Travail, Emploi, Salaire et Marché – la série propose une relecture ambitieuse de l’histoire du travail, largement inspirée par la pensée de Karl Marx, mais aussi par l’économie, le droit, l’anthropologie et la sociologie contemporaines.
L’enjeu n’est pas seulement historique. Il s’agit de comprendre comment notre rapport au travail s’est construit, comment il s’est transformé, et pourquoi il est aujourd’hui à nouveau interrogé à l’heure de la robotisation, de l’ubérisation et des crises sociales et écologiques.
1. Le travail : une activité humaine fondamentale et ambivalente
1.1 Un concept ancien, bien antérieur au capitalisme
Le travail n’a pas attendu le capitalisme pour exister. Les chasseurs-cueilleurs travaillaient, les paysans du Moyen Âge travaillaient, les artisans aussi. Dans son acception la plus large, le travail désigne toute activité humaine visant à transformer le monde pour assurer la subsistance.
Pour Marx, le travail est un échange entre l’homme et la nature, un processus à la fois physique et intellectuel. Travailler, ce n’est pas seulement produire : c’est mobiliser son corps, son esprit, son savoir-faire et son intelligence.
La série rappelle ainsi que le travail n’est ni naturellement salarié, ni naturellement marchand. Il est d’abord une activité vitale, inscrite dans un rapport au monde, au temps et au collectif.
1.2 Une étymologie révélatrice d’une tension fondamentale
En français, le mot travail dérive du tripalium, un instrument de torture. Cette origine n’est pas anodine : elle révèle une dimension de souffrance, de contrainte et de pénibilité historiquement associée au travail.
À l’inverse, le mot anglais work renvoie davantage à l’idée de création, de production, d’œuvre. Cette divergence linguistique souligne une ambivalence fondamentale : le travail est à la fois source de création et de souffrance, d’accomplissement et d’aliénation.
Cette ambivalence traverse toute l’histoire du travail et constitue l’un des fils rouges de la série.
2. De l’activité au poste : l’invention de l’emploi
2.1 Travail et emploi : une confusion moderne
Aujourd’hui, nous utilisons très souvent travail et emploi comme des synonymes. Pourtant, la série insiste sur le fait qu’il s’agit de deux réalités distinctes.
Le travail est une activité.
L’emploi est une institution.
L’emploi apparaît avec la constitution du marché du travail, lorsque l’activité humaine est formalisée, standardisée, contractualisée et intégrée dans un système économique marchand.
2.2 L’emploi comme construction sociale
Dans de nombreuses sociétés traditionnelles, la notion même d’emploi n’existe pas. On travaille de manière saisonnière, communautaire, informelle. Le chômage, tel que nous le concevons aujourd’hui, est une invention moderne.
L’emploi suppose :
un contrat,
une durée de travail définie,
une rémunération,
un lien de subordination.
Ce dernier point est central. Le salariat repose sur une relation asymétrique dans laquelle le travailleur vend sa force de travail à un employeur qui en organise l’usage.
3. Le salariat et la subordination : un cœur invisible du système
3.1 Le contrat de travail : une fiction juridique nécessaire
Le droit du travail a progressivement encadré la relation salariale pour tenter de corriger l’inégalité structurelle entre employeur et salarié. Mais cette correction ne remet jamais fondamentalement en cause le lien de subordination.
Il y a un paradoxe majeur : le droit reconnaît et protège le salarié, tout en légitimant une relation de pouvoir profondément inégalitaire.
Supprimer la subordination reviendrait à remettre en cause le salariat lui-même – et, au-delà, le capitalisme.
3.2 Le rôle historique des luttes sociales
Les protections dont bénéficient aujourd’hui les salariés (sécurité, stabilité, salaire minimum, protection sociale) sont le fruit de luttes collectives, syndicales et politiques.
Le droit du travail n’est pas un don : c’est le résultat d’un rapport de force. Il évolue au gré des transformations économiques, techniques et sociales.
4. Le salaire : de la subsistance à la contrainte
4.1 Le salaire comme instrument d’assujettissement
Dans la perspective marxiste, le salaire n’est pas la juste rémunération du travail, mais le prix payé pour l’usage temporaire de la force de travail.
Historiquement, le salaire a servi à contraindre les paysans et les artisans indépendants à entrer dans les manufactures. Il a remplacé l’esclavage non par humanisme, mais par rationalité économique : un salarié mort peut être remplacé, un esclave mort est une perte de capital.
4.2 Une transformation progressive du rapport salarial
Au fil du temps, le salaire s’est institutionnalisé :
mensualisation,
fiche de paie,
prélèvements sociaux,
protection collective.
Mais cette complexification masque une réalité simple : le salaire reste un moyen de subsistance conditionné à l’acceptation d’une relation de subordination.
5. Le marché : une construction idéologique
5.1 Le marché comme nouveau dogme
Dans l’économie contemporaine, le marché est souvent présenté comme une évidence naturelle, un mécanisme neutre et rationnel. La série démonte cette idée en montrant que le marché est une construction historique et idéologique.
Depuis Adam Smith et la fameuse « main invisible », le marché est progressivement devenu le principe central de l’organisation économique, reléguant les questions de sens, de justice et de finalité au second plan.
5.2 D’autres formes d’organisation sont possibles
À travers des exemples anthropologiques (sociétés traditionnelles, économies du don, systèmes sacrés), la série rappelle que toutes les sociétés ne reposent pas sur la logique marchande.
Le marché n’est ni universel, ni éternel. Il coexiste – et a longtemps coexisté – avec d’autres formes de régulation sociale.
6. Crise contemporaine et avenir du travail
6.1 La fin annoncée de l’emploi ?
La robotisation, l’intelligence artificielle et la numérisation remettent en cause les fondements mêmes du travail salarié. De nombreux économistes s’accordent à dire que l’emploi tel que nous le connaissons pourrait devenir minoritaire.
Seuls subsisteraient :
des emplois très qualifiés,
des emplois de service à la personne,
des formes hybrides de travail indépendant.
6.2 Revenu universel et redéfinition du travail
Face à cette mutation, des idées naguère marginales reviennent au centre du débat :
revenu universel inconditionnel,
réduction du temps de travail,
fiscalité redistributive,
taxation du capital et des robots.
L’objectif n’est plus seulement de créer des emplois, mais de repenser la place du travail dans une société où la production de richesses dépend de moins en moins du travail humain.
Conclusion – Sortir du silence sur le sens du travail
La grande force de la série Travail, salaire, profit est de briser un silence : celui qui entoure le contenu et le sens du travail. L’économie dominante ne s’intéresse souvent qu’à l’emploi, au salaire et à la croissance, laissant de côté l’expérience vécue du travail.
En retraçant l’histoire longue du travail, la série nous invite à poser des questions fondamentales :
Pourquoi travaillons-nous ?
Pour qui ?
À quelles conditions ?
Et jusqu’à quand ?
À l’heure où les crises sociales, écologiques et technologiques s’entrecroisent, ces questions ne relèvent plus de la théorie. Elles conditionnent l’avenir même de nos sociétés.
Ce texte a été écrit en partie par une IA et contrôlé par nos soins ➡️





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